Willy Cabourdin

« Confiné en boucle »

Nivelles 

Peinture

@archimondainjolypunk

Willy est un artiste français installé en Belgique depuis une douzaine d’années. Il est directeur artistique (Victoire, Kharakter), graphiste (Gael, Flammarion), illustrateur et plasticien. Il travaille souvent sur des séries de longue haleine, 1000 tableaux pour ses Murmures, des sculptures VOOdOO faites de jouets et de poupées, ou la mise sous scellées de toutes ses notes et croquis avec Damnatio Memoriae.

Découvrez  les oeuvres confinées de Willy rue des Éperonniers -1000 Bruxelles 

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Je n’avais plus que mon ordinateur et mon abonnement à Courrier international pour bien faire monter en moi le stress de la première vague qui après la Chine et l’Italie, maintenant était là, on ne pouvait plus le nier. Tous ces chiffres bien flippants qui ne veulent rien dire chaque matin sur mon smartphone. Et le nombre de contaminés, et de mourants, et de cas par jour, et de pourcentages et ce, à travers le monde entier. Pas de visage, pas de nom, mais tout plein de chiffres et de tableaux. Des trucs bien anxiogènes. 

A un moment il a fallut m’occuper l’esprit afin que j’arrête de consulter mon smartphone toutes les 3 min pour voir si la maladie se rapprochait de moi, de ma femme.

J’ai commencé à faire tous les jours, sur mon ordinateur, une image avec des visages, des chiffres, des pustules (oui, on ne savait pas encore si cela n’allait pas devenir le Théâtre de la peste d’Antonin Artaud), des tableaux, des courbes et des pourcentages. 

Mais ça ne suffisait pas. On ne ressentait pas le temps, l’attente, l’ennui, le temps qui passe... alors je me suis dit que j’allais utiliser une technique bien longue, pour bien ressentir tout cela. Laisser macérer les choses. J’ai donc commencé à faire des cyanotypes avec un négatif du tout premier dessin que j’avais fait sur ordinateur. Pas d’insolation avec une lampe à UV, non ! Avec la lumière du soleil, bien plus lente et tellement dépendante de la lumière belge. Douze heures d’exposition à la fenêtre de mon salon... là, je sentais bien le temps passer. 

Et j’en ai foiré des tas, je découvrais la technique, j’ai fais des tests, des tentatives de virage à la théine, j’ai repeint dessus, redessiné... au final j’en ai peut-être 50, mais j’en garde 12, un pour chaque mois (oui oui je ne suis pas encore si confiant) que j’aurais passé à me supporter et à tester mon autodérision. Douze dont certains ont été clairement trop isolés, d'autres vraiment pas assez (une fois encore, je suis confiné en Belgique). Douze qui sont encore à ce stade en train de changer car j’y travaille un peu tous les jours.